Maison de la cabrette et des traditions de l’Aubrac

Maison de la cabrette et des traditions de l’Aubrac



Nous vous attendons à La maison de la cabrette et des traditions de l’Aubrac à Vines (à 2,5 km de CANTOIN), pour une visite guidé exceptionnelle !

Entrée 5€ (3,50€ pour les groupes au dessus de 12 personnes *** Gratuit pour les – de 16 ans)

Réservation : En dehors des jours ouvrés (uniquement pour les groupes)

06 43 32 48 88 ou maison.cabrette@orange.fr

HORAIRES :

Eté (Juillet/Août) : Du vendredi au dimanche, de 13h30 à 17h30 – Hiver : Vendredi & Samedi, de 13h30 à 17h30

 

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La Cabrette ou Musette

Aucune réponse définitive n’est réellement disponible aujourd’hui sur l’origine de la cornemuse. La plus ancienne des cornemuses provient d’un sarcophage trouvé en Mésopotamie et daté de 5000 ans avant J.C. L’aulos dans la civilisation hellénique, la cornemuse du « Roman de Flamenca » (Rouergue de sud en 1240) puis la musette baroque jouée de 1600 à 1750 environ, notamment celle représentée par Watteau au 18e siècle. A travers la musette baroque, la cornemuse passe de la tradition orale à la musique écrite. Si elle tombe dans l’oubli après la révolution, elle survit toutefois au travers de nombreuses cornemuses plus populaires qui lui emprunteront sa forme, sa perce, son soufflet, ses bourdons regroupés sur le côté ou son boîtier à boules et ce tant en France (cabrette, musette Béchonnet), qu’à l’étranger (northumbrian small pipe, scottisch small pipe, uillean pipe etc…).

Bien des hypothèses ont été émises sur l’origine de cet instrument et ne sont toujours pas vérifiées. cette origine reste toujours un sujet d’étude mais ce qui est certain c’est que cette cornemuse du centre est intimement liée aux phénomène de la colonie Auvergnate à Paris. Autrefois le sac, ou poche(cette outre en peau de chèvre qui lui aurait donné son nom) se gonflait à la bouche comme la plupart des cornemuses. L’adjonction du soufflet est récente. Elle remonte au milieu du 19ème siècle et correspond aux premiers flots importants d’émigrés vers la capitale. Il est vraisemblable que les fabricants de musette de cours, en perte de vitesse, aient trouvé avec les gents du Massif Central une clientèle, leur procurant l’avantage de moins se fatiguer et d’obtenir un son perçant plus ou moins aigrelet. Bien des parisiens appelaient alors cet instrument « la musette ». Au début de ce siècle, le mariage de l’accordéon et la cabrette donna naissance au bal musette. Ce dont nous sommes sûr c’est que la colonie Auvergnate a été l’artisan du maintien de l’instrument qui fut bien prêt à disparaître.

 

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La Cabrette

Il est vrai qu’elle a été très pratiquée en Aveyron, principalement en Viadène et dans la vallée du Lot (jusqu’à Espalion) comme nous le voyons dans les travaux du CNRS. Mais nous la trouvions aussi dans le Lot, la Corrèze, la Haute-Vienne, le Puy-de-Dome, et la Haute Loire, mais le plus grand nombre de musiciens étaient Cantalous, Aveyronnais et dans une moindre mesure Lozérien, trois département qui se rejoignent sur l’Aubrac.

Il est important aussi de rajouter à cette carte Paris ou l’on trouvait, et aujourd’hui encore, de nombreux instrumentistes. Ainsi, la cabrette (cabreta, petite chèvre) ou musette comme disaient les cabretaires (nom du joueur de cabrette) parisiens, est la seule cornemuse retrouvée en Aveyron, mais était pratiquée dans bien d’autres département.

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Organologie

La cabrette se divise en 6 ou 7 parties :

La poche ou le sac (oire), qui est l’attribut principal de toutes les cornemuses, généralement recouvert d’un tissu.

La tête (cap), c’est là ou l’air sort de la poche, elle peut être sculptée, en forme de tête d’animale ou humaine, ou non.

Le boitier (boita) à boule, il regroupe les deux tuyaux de l’instrument.

Le hautbois (caramèl), à perce conique c’est ici que le musicien joue la mélodie, il possède 8 trous de jeu, plus deux trous d’accord. Il fonctionne grâce à une anche double.

La chanterelle (cantarèla) ou le bourdon (roudinaire), l’un ou l’autre sont des tuyaux parallèles au hautbois qui fait, lorsqu’il est anché, un son continu d’accompagnement. C’est une anche double pour la chanterelle ou une anche simple pour le bourdon qui lui permet d’émettre ce son.

Les dernières parties varient selon le type d’instrument. En effet, il existe deux types de cabrette, l’une dite à bouche, le musicien souffle directement dans le sac au moyen d’un buffoir tombée en désuétude depuis la guerre de 39-45, et l’autre dite à soufflet, ou le musicien rempli le poche à l’aide d’un soufflet. Relié à la poche par un porte-vent, c’est cette dernière que l’on rencontre actuellement.

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Origine.

L’instrument que nous connaissons aujourd’hui est né à Paris dans la première moitié du XIX siècle, nous avons trouvé des pieds qui dateraient des années 1820-1830.

Elle serait née d’un mélange de trois cornemuses :

Les instruments montés à Paris avec les migrants du Massif central qui devraient être des cornemuses de type du centre (Bourbonnais, Nivernais, Berry). Bernard Blanc a retrouvé un hautbois ancien de ce genre d’instrument et il fonctionne avec une anche de cabrette, ces cornemuses dateraient de l’ancien régime.

L’autre lien est celui avec les Musettes de cour, très en vogue dès la fin du XVII siècle et au début du XVIII siècle, dans les cours des rois de France, mais tombées en désuétude avant la fin de ce dernier, elles ont données leur boitier à boule, leurs tissus précieux pour recouvrir les poches et le soufflet.

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Enfin, l’autre descendance viendrait des cornemuses P Gaillard, qui ont gardées  la préciosité des Musettes de cour mais en simplifiant, le soufflet est remplacé par un porte vent, la boite à bourdon disparait et le second tuyau mélodique parallèle au principal est remplacé par un tuyau d’accompagnement que l’on retrouve sur nos cabrette, ainsi que la tête animal ou humaine. Ces cornemuses ne fonctionnent pas toutes mais Bernard Blanc a fait vibrer  une même  anche sur un hautbois Amadieu (l’un des plus anciens fabricants de cabrette).gaillard-musette

 

Peze (ou Pese), marchand d’instrument sous l’empire et la restauration, début XIX, vend des bassons, des flutes, des serpents, différents instruments dont des musettes signées par lui qui furent utilisées par des cabrétaires du nord Aveyron et dont on retrouve aujourd’hui encore des pieds. Ce pourrait être lui le premier fabricant de la cabrette actuelle. Mais d’autres luthiers ont aussi marqués la création de l’instrument tels que Amadieu, Allias, Franc, ou Costeroste, tous parisiens mais originaires de communes de la région ( Allias de Rieupeyroux ; Franc de Cissac de Cantoin et Costeroste de Saint-Urcize) .

L’attestation la plus anciennes de « cabretto » en Auvergne vient d’un manuscrit de Bernard Cayla, curé de Combes(12) vers 1850-1860 : »Lo cabro, lo cabretto (chèvre, chevrette, musette à Paris… » Avant cela tous les témoignages ne sont pas assez précis pour affirmer qu’il s’agit bien de notre instrument.

Histoire.

Le XIX siècle est celui de l’âge d’or de l’instrument, tous les bals Auvergnats de Paris et de la région  sont donnés au son de cet instrument et le nombre de cabretaires en activité est important. Le succès est tel que ces bals prendront le nom de l’instrument : le bal à la musette qui deviendra le fameux »bal musette », les Auverpins terme utilisé par jean Richepin(1863-1947), écrivain, critique d’art, avocat, originaire du Cantal, décrit très bien un  de ceux-là : Le musicien, le cabretaire, est juché dans une logette suspendue au mur, à laquelle il accède par une échelle mobile qu’on retire dès qu’il est installé. Les danseurs sont en place aussitôt que la cabrette se gonfle. Aux première notes, ils partent, courent, glissent, martèlent le plancher à grands coups de talon, poussent par intervalles des cris aigus……..

Vers la fin du siècle arrive un nouvel instrument dans les bals parisiens, un instrument tout récent qui se popularise de plus en plus : l’accordéon, tout d’abord diatonique. Celui-ci va concurrencer la cabrette la cabrette à tel point qu’à Paris les cabretaires sous l’égide de Louis Bonnet, Eugène Guitard et Joseph Soulier forme la société( La Cabrette) afin de défendre les intérêts des musiciens auprès des patrons de bals et préserver le caractère régional des bals musette souvent fermés par la préfecture de police à cause des désordres et des bagarres. Le problème étant que les bals-musette en cause étaient ceux animés par un accordéon ou un orchestre et non pas un bal Auvergnat.

Les bals musette sont les uns après les autres fermés par la police. Pourtant ils sont très honorables, comme les Auvergnats eux-mêmes qui constituent un dixième de la population de Paris et un centième des délinquants. Pourquoi ne se tourne-t-on pas plutôt vers ces bals crapuleux aux orchestres tapageurs ou se trament des complots contre la vie et la mort des passants et ou l’on ne rencontre jamais un seul Auvergnat ? La vérité est que la police a remarqué, non sans raison semble-t-il que les seconds ont tendance à contaminer les premiers.(d’après Roger Girard journal d’un Auvergnat à Paris 1886.

Au pays, les dissensions n’en sont pas moindres. Rapportée en 1895 par le journal (l’Auvergnat de Paris) voici une anecdote qui rend bien compte de la situation : A Soulages-Bonneval, Jany joue de l’accordéon au café Austruy quand Alexandre Cros de Laguiole, arrive avec une musette. Tout le monde lui demande une valse. Il accepte pourvu que ce soit Jany qui continue à faire la quête ; même à ce prix, celui-ci ne veux pas céder sa place. Bagarre générale .Cros a une oreille coupée ;

C’est en 1906, d’après les historiens de l’accordéon, que le couple se forme, à l’arrivée de Charles Péguris(d’origine Piémontaise) au bal d’Antoine Bouscatel ,Ils commenceront à jouer ensemble et feront naître un duo légendaire : le couple cabrette-accordéon. Mais petit à petit, l’accordéon prendra le dessus. Comme nous pouvons le constater avec les enregistrements de l’époque, au début l’accordéon accompagne le cabretaire, puis il prend le dessus, tout cela pendant les années 30 ; auparavant, la cabrette est enregistrée seule.

Mais dés la fin de la première guerre mondiale, l’accordéon commence à remplacer la cabrette. Robert Arribat, lors d’un entretien avec Michel Esbelin se souvient qu’à la fin des années 20,  lors d’un bal à Sainte Geneviève sur Argence (d’où il est originaire), François Cancelier venu jouer à la fête du pays fut chassé par certains jeunes agacés par son instrument jugé trop démodé. En effet,  l’accordéon devenu semi-chromatique, peut jouer les danses et airs à la mode alors que la cabrette ne le peut plus

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Cette décadence perdurera jusque dans les années 1950 ou nous ne trouvons plus de fabricant de cabrette à Paris et ou le rôle des instrumentistes est limité à quelques banquets ou groupes folkloriques, et le bal-musette est un divertissement animé par un accordéoniste et son orchestre, chose qui perdure encore de nos jours.

C’est en 1956, avec la création de l’association Cabrette et cabretaires par plusieurs jeunes musiciens dont Jacques Berthier, Maurice Pradeyrolles, Jean-Louis Fournier et surtout Georges Soule, que l’apprentissage et la fabrication d’instruments reprennent.

Puis dans les années 1970, avec l’arrivée de la vague revivaliste, une nouvelle génération de musiciens découvre cet instrument et les cabretaires survivants. La cabrette connait un nouvel essor et sa fabrication reprend de plus belle avec l’arrivée de nouveaux luthier comme Bernard Blanc ou Claude Roméro s’initiant auprés  de plus ancien comme Joseph Ruols ou Lucien Destannes.

Au début du XX siècle se distinguaient deux techniques comme le dit Jean Bergheaud . le jeu Limagnier prestigieux et celui du pays, médiocre.

Cette différenciation est évidement très subjective.

Le jeu limagnier serait arrivé à Paris avec un cabretaire nommé Nicolas originaire de Limagne (actuel Puy-de-Dôme) au XIX siècle. C’est une technique complexe qui était pratiquée par les grands noms de la cabrette tels que Victor Alard, Gabriel Ranvier, Pierre Ladonne, Antoine Bouscatel, Jean Bergheaud, Jean Bonnal, Robert Aribat et tous les grands cabretaires ayant exercés à Paris. C’est toujours celui-ci qui est enseigné.

Le jeu du pays est quant à lui moins homogène, bien évidement. Les musiciens cités ci-dessus avaient leurs propres interprétations mais l’on retrouvait des similitudes. Mais au pays, les cabretaires n’ayant que leur maître ou personne, et n’ayant pas tant la possibilité d’entendre d’autres instrumentistes comme à Paris, ce sont forgé une technique très personnelle. Nous pouvons citer André Vermerie, Alexandre Cros, Clermont, Baptiste Laborie, Aimé Audit, Josèphe Perier, ou Casimir Blancher dont nous avons des enregistrements permettant d’entendre des sonorités différentes et influence plus ou moins importante des museteurs parisiens venant au pays.

Répertoires et occasions de jeu

La musique pour la cabrette est essentiellement axée sur la danse ; en effet, tout cabretaire a dans sa tête et ses doigts nombres d’airs de bourrées, mazurkas, polka, scottishs et autres marches ou valses. Il existe, cependant, une grande quantité d’airs accompagnant des moments de vie tels que des marches de noces ou regrets. Ces deux derniers sont très présents, évidemment, lors des mariages ; Jean Vigouroux, cabretaire de Lacalm décrivait ainsi cette journée très particulaire, en 1964

Il est convenu que les musiciens cabretaires et accordéonistes sont là vers midi et pour la sortie de l’église. Ils conduisent la marche du cortège des mariées et des invités pendant la tournée des cafés puis assistent au repas vers la fin duquel le cabretaire joue un ou plusieurs regrets auxquels mariés et assemblée sont très attentifs. Vers vingt heures le bal de noces commence, conduit par les musiciens, et se prolonge jusqu’à deux ou quatre heures du matin.

Mais les mariages ne sont pas les seules activités auxquelles participent les cabretaires, il n’est pas rare de les voir accompagner les conscrits pour la quête des œufs, participer au tirage au sort pour l’armée, jouer pour les fêtes patronales ou conduire les convives à la St Jean, lorsqu’ils allaient voir les buronniers. Les enquêteurs du CNRS ont pu participer à l’une de ces célébration dans un buron du nord Aveyron toujours en 1964 :

Aujoud’hui

La cabrette n’a plus du tout la même fonction qu’au début du XX siècle et ce jusque dans les années 60 . Car même si elle joue encore dans des bals c’est loin d’être l’instrument maître, supplantée qu’elle est par l’accordéon dans les orchestres musette ou évincée par les groupes de variété ou par les dico-mobiles.

Mais heureusement, il y a toujours de nombreux musiciens qui la font vivre et l’enseignent.

Antoine Charpentier